Éditorial : Travail décent et croissance économique : l’expérience professionnelle, un filtre qui exclut les jeunes diplômés ?
À Bukavu, le débat sur l’accès des jeunes à l’emploi revient avec insistance, notamment autour d’une exigence devenue courante : celle de disposer de cinq années d’expérience professionnelle ou plus. Cette condition, largement discutée lors de l’émission La Voix de la Jeunesse sur la Radio Maendeleo, soulève une question de fond sur les mécanismes d’insertion des jeunes diplômés.
D’un côté, les employeurs recherchent des profils immédiatement opérationnels. De l’autre, une majorité de jeunes, pourtant formés dans les universités et instituts supérieurs, peinent à accéder à leur premier emploi. Ce décalage révèle un déséquilibre structurel entre le système de formation et le marché du travail.
L’exigence d’expérience, dans ce contexte, tend à devenir un filtre qui exclut plutôt qu’un critère d’évaluation. Elle enferme de nombreux jeunes dans un cycle où l’absence d’opportunité empêche l’acquisition d’expérience, et où le manque d’expérience bloque l’accès à l’opportunité.
Les échanges entre acteurs de la jeunesse, responsables d’organisations et intervenants publics ont mis en évidence une réalité partagée : la professionnalisation ne peut se construire sans un premier espace d’intégration. Le passage de la formation à l’emploi devrait être facilité, et non retardé par des exigences difficilement accessibles pour les nouveaux diplômés.
Cette situation interpelle les institutions publiques, les organisations de jeunesse et le secteur privé. Elle appelle à repenser les mécanismes d’accès à l’emploi, notamment à travers des programmes de stages, des dispositifs d’insertion professionnelle et une meilleure valorisation des compétences acquises en formation.
Au-delà des discours, la question posée est celle de la place réelle accordée à la jeunesse dans le développement économique. Car si la jeunesse est souvent présentée comme l’avenir, elle reste, dans les faits, en attente d’opportunités concrètes.
L’enjeu dépasse le simple accès à l’emploi. Il concerne la capacité d’une société à intégrer ses propres ressources humaines dans sa dynamique de croissance. Dans cette perspective, l’Objectif de Développement Durable n°8 Travail décent et croissance économique rappelle que l’inclusion des jeunes dans le marché du travail n’est pas une option, mais une condition essentielle du développement durable.
Romulus AKONKWA Mwangaza Communication



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